Cérémonie pour Orient Express pendant le dernier Salon des Etalons

YANN ADAM UN PASSIONNE AU SERVICE DU CHEVAL

ADAM YANN . SALON DES ETALONS SAINT-LO

Directeur du Pôle Hippique de Saint-Lô depuis septembre 2013, Yann Adam est l’un de ces passionnés qui font la ville de Saint-Lô et de sa région un centre d’activité équestre reconnu en France et à l’international. Le rôle d’un directeur du Pôle Hippique  est de cultiver la tradition tout en pensant à l’avenir. Une mission délicate mais pas impossible….

Merci Moulinex…

Savez-vous que les travaux de restructuration du Pôle, réalisés entre 2007 et 2012 grâce au soutien du Département et de la Région et facturés 4 millions d’euros ont été mis en place suite à la fermeture des usines Moulinex ? Un amendement Moulinex a permis la levée des aides pour aider à relancer le territoire. Les dirigeants de l’époque ont eu une bonne intuition de miser sur le cheval.

De la vache au cheval

Au départ le Hall du Pôle Hippique était un parc d’exposition agricole où on présentait les vaches, cochons, chèvres et tous les animaux de l’élevage  – un salon de l’agriculture à l’échelle de la Manche. Tout à côté du salon était installé le centre équestre de la ville qui, depuis 2005, a obtenu l’exclusivité de son occupation pour pouvoir organiser les concours du saut d’obstacles. Jean-Claude Heurtaux qui a été le président de ce centre équestre a fondé l’association Saint Lo Cheval Organisation qui organise aujourd’hui les événements sportifs majeurs.

NHS une grande fête avec Jean Rochefort et Fernand Leredde  

L’événement le plus complet et le plus important à Saint-Lô c’est Normandy Horse Show organisé chaque été. C’est l’éleveur Fernand Leredde (affixe Rouge) récemment disparu qui a été à l’origine de sa création. A partir de 1988 et pendant dix ans les événements très festifs se sont succédés au château de Canisy avec la participation très active du comédien Jean Rochefort. Les fêtes mémorables se sont soldées par un très gros déficit. Il a fallu remettre les compteurs à zéro pour sauver le rendez-vous du sport et d’élevage – Cheval Normandie et les associations des éleveurs se sont mobilisés et puis c`est l’association NHS qui a repris l’organisation. En 2018 on va donc fêter 30 ans de NHS !

Le Selle Français, le retour en force

La race du Selle Français est apparue dans les années 60 grâce à la décision de moderniser les races locales existantes. Avec le développement de la pratique des sports équestres, les éleveurs des SF ont connu ensuite les heures de gloire, leurs poulains se vendaient rapidement et à bon prix. Les autres pays européens ont également pris en marche le train de l’élevage mais d’une manière plus structurée et plus commerciale. Les étalons français sont très souvent à l’origine de leurs lignées mais les bons sauteurs européens ont aujourd’hui, quelle que soit la race, du sang mélangé. Pas étonnant que l’idée de revenir vers un stud-book de la pure race anglo-normande n’a pas connu du succès – à peine 70 chevaux inscrits. Ce qui marche mieux, c’est le label « Selle Français originel » – avec 4 générations de sang français -proposé par le stud-book Selle Français. Le développement d’un élevage étranger concentré sur la performance a mis nos éleveurs, souvent amateurs passionnés – 60% d’entre eux fait naître 1 ou 2 poulains par an – en dehors du circuit de commercialisation efficace. J’ai eu l’occasion d’observer les sélections de KWPN. En première sélection ils choisissent 900 chevaux et parmi eux, rapidement, 250. Le nombre des étalons se réduit à 70 à l’âge de 3 ans et ceux là vont passer au dressage pendant deux mois. A la fin le stud-book va garder à peine 25-30 chevaux qu’ils vont vendre très cher alors que la majorité de la production va être « soldée ». Difficile de lutter avec cette logique quand on élève les chevaux parce qu’on les aime, on les garde jusqu’à 4 ans pour les valoriser et même jusqu’à l’âge de 5 ans pour être sûr que la croissance soit terminée. C’est une belle logique de l’élevage à l’ancienne, respectueuse du cheval et qui mérite une reconnaissance financière. Les éleveurs ont besoin de nous, de leur stud-book, de ceux qui doivent assurer la promotion de leur production en France et à l’étranger.

Un salon très glamour

Heureusement, on peut constater que tous nos efforts de promotion commencent à payer. Les organisateurs du CSI 5* de Bordeaux sont venus nous voir pour comprendre les raisons de notre succès. Tout d’abord on est situé dans le berceau de l’élevage français. Pour les éleveurs le Salon des Etalons est une fête et l’occasion de voir « en vrai » les étalons qui peuvent leur donner le poulain de leur rêve. L’éleveur est un passionné et un rêveur, sinon il ne ferait pas de tels efforts pour des résultats économiques complètement hasardeux. Notre salon est devenu incontournable – cette année on a comptabilisé 7000 entrées et 35 000 connexion en streaming, majorité grâce au site international. Nous avons fait le choix de présenter uniquement les mâles Selle Français ou agrées SF – certains trouvent ce parti pris discutable mais il a le mérite d’être clair. Car il n’est pas facile de faire plaisir aux étalonniers, chacun trouve que son concurrent est mieux traité bien qu’on essaie toujours de se comporter d’une manière équitable…. Les éleveurs aiment beaucoup le contact direct avec les étalons visibles également dans les boxes et profitent de la présence d’étalonniers pour glaner quelques conseils. Le choix est de plus en plus difficile car l’offre s’étoffe d’une manière spectaculaire et on peut se sentir un peu perdu face à une telle richesse : en 2016 on a présenté 106 étalons et cette année ils étaient 150. Les gros étalonniers ont  désormais 13 à 14 mâles alors qu’avant ils proposaient 6 ou 7 en moyenne. Le chef de race tel que Diamant de Semilly saillit chaque année 400 juments environ en France et le double à l’étranger mais on remarque également  un bel intérêt pour la jeune génétique – Thomas Rousseau n’a pas arrêté d’enlever la couverture de Candy de Nantuel (Luidam et Diamant de Semilly), il attire de plus en plus d’éleveurs ! La présence de Diamant de Semilly sur la piste est toujours un moment d’une grande émotion car c’est un grand-père de 26 ans et on a réussi à le présenter à côté de Contendro, un autre chef de race, c’était magique. Le succès du salon confirme la reprise du marché qui a chuté de 20% entre 2000 et 2015. La reprise date de l’année dernière, donc très récente et on espère que ça va continuer car l’élevage qui ne pèse plus en quantité n’a pas d’avenir !

Diamant de Semilly une légende au Salon

Diamant de Semilly une légende au Salon

Contendro à Saint-Lô

Contendro à Saint-Lô

Le meilleur chef de piste au monde…

Oui, on sent bien que la filière de l’élevage et de l’exploitation du cheval de sport relève un peu la tête. Les belles médailles olympiques en or ont fait une très bonne publicité à nos chevaux et nos cavaliers. La promotion de l’élevage passe par le sport et le Pôle Hippique de Saint-Lô est devenu un endroit important sur la carte des concours de qualité. Bien sûr, on aura jamais Longines, Rolex ni écurie Stephex comme partenaires, on doit donc se démarquer par quelque chose d’autre. Notre premier argument c’est le chef de piste : « Votre Jean-Paul c’est le meilleur chef de piste au monde » a dit Kevin Staut en parlant de Jean-Paul Lepetit. Kevin est toujours sincère et ne mâche pas ses mots quand il considère que le parcours ne respecte pas les chevaux comme c’était le cas cette année pour le GP Hermès. Heureusement pour nous Jean-Paul n’aime pas trop les voyages et ne parle pas l’anglais, nous pouvons donc disposer de ses talents tout au long de l’année. Il a vraiment le don et la science pour mettre en place les parcours subtils adaptés à chaque niveau et qui posent des problèmes techniques sans mettre les chevaux dans le rouge. Notre deuxième argument c’est la piste. Elle est d’une très grande qualité, préparée par les vrais spécialistes et soignée avec amour et compétences. Troisième qualité c’est la créativité. On met en place des événements qui permettent à tous les acteurs de la filière de s’exprimer ensemble : le sport, l’élevage, les jeunes chevaux, tout en pensant au commerce et à la fête aussi…. On a décidé d’aider AEC (Association des Ecuries des Concours) à organiser leur premier Meeting de Printemps car les cavaliers ont du mal à mettre au point une organisation qui devient de plus en plus compliquée avec plusieurs événements qui s’enchaînent. La nouveauté de l’année c’est la surprime de 50 000 euros pour les deux couples gagnants de CSI 2*. On n’est pas à 500 000 mais c’est déjà important de réussir à réunir une telle somme. Evidemment on surveille les projets de réforme de FEI ou de PMU avec une grande inquiétude car on a l’impression que les gens veulent réformer sans savoir comment la filière fonctionne et quels dégâts ils risquent de provoquer !!!

Cirque et Cabaret

Le Pôle Hippique est également responsable de l’animation du site des anciens Haras Nationaux. Les bâtiments sont loués et occupés par les chevaux mais il faut penser à l’animation du site, surtout en été quand on a beaucoup de visiteurs sur les côtes de la Manche – ce sont les côtes les plus longues en France et peu de gens le savent. En été on va donc proposer les spectacles équestres, le cirque, le cabaret, les reprises de dressage etc. Je ne suis pas lié d’une manière personnelle au monde du cheval de sport, ce qui me permet de rester neutre, mais je connais l’élevage des chevaux de course et j’aime bien les nouvelles idées. On en a toujours besoin pour progresser….