JOURS DE CONQUETE OU L’ENVERS DE DECOR PAR SABRINE DELAVEAU

SABRINE DELAVEAU

Sabrine Delaveau, écrivain, journaliste et en privé la femme de Patrice Delaveau, sacré Vice- Champion de monde aux Jeux Equestres Mondiaux à Caen le 7 septembre 2014, a suivi le chemin tortueux et souvent douloureux qui a mené l’équipe de France et Patrice vers cette seconde marche du podium et le raconte dans un ouvrage passionnant, à dévorer par tous les amoureux des sports équestres. On y découvre la soif insatiable de gagner, les instants de bonheur intense, mais aussi les moments de découragement et de doute qui ont accompagné les champions sur ce long chemin qui les a conduit vers Caen, une ville pourtant si proche.

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PHILIPPE GUERDAT ENTRE EN SCENE

Le récit commence en janvier 2013 quand les cavaliers prennent la mesure du compte à rebours qui doit les accompagner avant l’entrée sur la scène des Jeux. Il leur reste alors une année et quelques mois pour mettre en place une équipe homogène, au point techniquement, physiquement et psychiquement. Une équipe qui se doit de représenter au mieux la nation organisatrice des Jeux. Une pression énorme va donc reposer sur les épaules d’un sélectionneur et entraîneur national, car il faut à tout prix éloigner le spectre de la défaite connue au JO de Londres en 2012. Sabrine Delaveau raconte que ce sont les cavaliers eux-mêmes qui ont décidé de favoriser le destin en se débarrassant de Henk Nooren, un personnage peu charismatique qui occupait le poste du sélectionneur sans donner vraiment de sa personne ni de son temps, mais qui avait les faveurs du la Fédération. Les pages consacrées à cette bataille de couloirs et d’influences qui a fini par mettre au centre de la piste Philippe Guerdat, l’entraîneur de l’équipe belge, Suisse de son état et père du champion olympique Steve Guerdat, démontrent l’incroyable complexité de la préparation d’une équipe nationale d’un sport de haut niveau, dont les acteurs sont les couples hommes-chevaux aussi indissociables que fragiles.

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LE CHOIX DES ACTEURS

Une fois établi à son poste du sélectionneur national, Philippe Guerdat veut prouver immédiatement qu’il entend être le seul et véritable maître à bord et qu’il demande une totale confiance pour pouvoir évaluer encore et toujours l’état d’esprit des cavaliers et la forme de leurs montures. La route vers Caen sera semée d’espoir et de déceptions pour les uns et les autres. Aymeric de Ponnat avec Armitages Boy, l’un des couples favoris, va subir les contre-performances liées, on le saura plus tard, à un problème de santé du cheval. Un drame pour le cavalier qui a lutté comme un lion pour empêcher la vente de son étalon et dont le rêve s’écroule. Les couples sont regardés et testés à chaque échéance importante, à chaque sortie internationale. La tension monte, les égos s’emballent, les chevaux se fatiguent ou se blessent, les médias mettent la pression. Plus le temps avance plus les certitudes semblent fuir et la tâche du sélectionneur se complique, il faut avoir un sacré mental et les nerfs d’acier pour résister face aux critiques, à l’émotion qui submerge et aux  coups de sort qui pleuvent. Le moment peut-être le plus noir, l’étape de Coupe des Nations à Gijon en Espagne, au début du mois d’août, à un mois des JEM. Le sélectionneur veut revoir encore et encore les chevaux évoluer pendant ce concours qui dure six jours et sans enjeux pour la Coupe des nations mais qui se passe très loin – les chevaux doivent voyager 3 jours, ajoutant de la fatigue à des athlètes sortant des concours éprouvants. Et surtout, sur place, un épouvantable déluge remplace le soleil, les terrains en herbe son détrempés. Armitages Boy saute mal, Rêveur de Hurtebise HDC boîte et le pire – Myrtille Forbes Paulois, la formidable jument de Bosty avec qui il a gagné son titre de Champion d’Europe, se blesse à la réception de la rivière et cette blessure va les rayer définitivement de la liste des couples qui seront présents à Caen. Le désarroi s’empare des cavaliers, le sélectionneur décide de ne pas repartir dans la deuxième manche de la Coupe des Nations. Philippe Guerdat confie alors à Sabrine : « Je vis ma plus grande désillusion depuis que je suis entraîneur ». Mais il faut y croire encore et toujours, malgré le doute et la fatigue. Photo: Patrice et Orient Express à Caen

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Son équipe sera composée finalement de Patrice Delaveau avec Orient Express, Pénélope Leprevost avec Flora de Mariposa, Kevin Staut avec Rêveur de Hurtebise HDC, Simon Délestre avec Qlassic Bois Margot et Jérôme Hurel et Quartz Rouge en tant que remplaçant (une décision de toute dernière minute). Photos: Pénélope, Simon et Kevin sur la piste de Caen

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A Caen, sur cette belle piste du stade d’Ornano, les vingt mille spectateurs vont applaudir frénétiquement leurs champions soudés, solidaires, unis derrière l’entraîneur national.  Cette victoire de l’équipe et celle, individuelle et unique, de Patrice Delaveau, représentant la France pendant la fameuse finale à quatre, resteront dans les mémoires du sport et de la nation. Les doutes et les déceptions rencontrés sur la route vont s’effacer, mais le fait de les rappeler dans le livre, sensible et passionnant, de Sabrine Delaveau, permet de mettre cette victoire encore plus en valeur, de l’apprécier en connaissance de cause.

AUTEUR ! AUTEUR !

Sabrine Delaveau a cueilli à chaud des réflexions du « metteur en scène » mais aussi des acteurs de cette épopée hippique, où la gloire et les larmes se côtoient sans cesse et où l’objectif d’être toujours au top, de gagner encore et toujours, de voler plus haut vers les titres des champions, transforment les existences en un perpétuel défi. Photos: conférence de presse et la distribution des autographes…

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Celui qui accompagne le champion doit rassurer, soutenir, comprendre. Rester dans l’ombre comme un groom responsable du bien-être de son « crack cheval ». Sabrine Delaveau transforme l’expérience de cette vie de « la compagne d’un champion » en littérature. Elle est très soucieuse de garder une distance juste, de transmettre son vécu personnel tout en peignant le tableau d’une expérience collective. Elle nous fait voyager dans les villes, dans les hôtels en compagnie des cavaliers parfois détendus et joyeux, mais souvent préoccupés et inquiets. Le succès à haut niveau a un prix élevé, un grand champion est seul, même ou surtout au milieu de ses fans. Grâce à Sabrine nous pouvons les comprendre un peu mieux et peut-être aimer un peu mieux aussi.

Jours de conquête, Sabrine Delaveau, édition Actes Sud    Photo: Sabrine au Saut Hermès à Paris

9782330050481