FLORIAN ANGOT – la sagesse d’un cavalier

Florian et First de Launay

Nous sommes allés voir le cavalier normand, membre de la célèbre famille Angot, qui résume à elle seule les valeurs de « Normandie – terre de cheval », dans ses Ecuries du Tronquay, entre Caen et Saint Lô. D’un accès facile, les nouvelles installations de Florian et de Nathalie Angot se situent dans un lieu agréable, à la lisière d’un bois, avec des espaces où les oies, les canards ou autres poules d’eau se promènent en tenant la garde. Une magnifique carrière, un grand bâtiment abritant 25 boxes, un imposant et lumineux manège et un grand marcheur constituent « le pôle hippique » de la propriété. En face, la belle maison des propriétaires et un bâtiment qui offre le gîte aux stagiaires. « Nous avons terminé les travaux il y a un an et voilà, c’est déjà trop petit, sourit le propriétaire. On va construire une écurie supplémentaire pour les chevaux des propriétaires et des stagiaires».  (Photo: Séance de travail sur la carrière avec Tip Top, en haut les exploits avec First de Launey)

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Florian est comme ça – il a toujours su s’adapter à la situation, accepter les cadeaux et les mauvais coups de la vie avec la même philosophie « du bon sens normand».

Mes parents étaient fermiers, donc mes choix de vie ont été vite fixés : ou les vaches ou les chevaux. J’ai choisi les chevaux et j’ai imité les frères qui faisaient du concours. J’ai fait une formation agricole et j’ai eu le droit au statut « d’aide familiale » chez mes parents. Je me rappelle de mon premier poney, GITAN, il était extraordinaire. Mais je suis vite passé aux chevaux, car avec les poneys, à l’époque, on ne pouvait faire que des concours d’entraînement. Et puis Denis Brohier, propriétaire de NARCOS II, me l’a confié. Cet étalon, qui est devenu aujourd’hui un sacré chef de race et qui, à l’époque, menait une brillante carrière sous la selle d’Eric Navet, a été victime d’une fourbure et a dû être ménagé. Il est devenu donc, pour moi, une sorte de cheval d’école. Là, j’ai eu de la chance – en 1991, à 18 ans, je suis devenu Champion d’Europe Junior avec NARCOS II. Ensuite, encore une chance, on m’a confié l’étalon FIRST DE LAUNEY, fils du PS Laudanum. C’est arrivé tout simplement. Le nouveau directeur de Haras de Saint-Lô se promenait en regardant les concours et les cavaliers à la recherche de candidats pour former de nouveaux couples. Il s’était dit je pouvais marcher pas trop mal avec FIRST qui venait d’arriver aux Haras. Pour son premier Grand Prix, à 8 ans, FIRST a gagné devant DIAMANT DE SEMILLY et ELAN DE LA COUR. Ensuite, de 2003 à 2007 nous avons couru ensemble des championnats nationaux et internationaux.  En  2003, entre autres, premier du Grand Prix CSI 4 étoiles de Madrid, premier du Grand Prix 5 étoiles de Calgary, au Canada ;  en 2004 finaliste aux JO d’Athènes, troisième de la Coupe des Nations à Aix la Chapelle en Allemagne premier au CSI 3 étoiles de Caen;  en 2005, premier de Grand Prix CSI 4 étoiles à Paris, deuxième à la Coupe des Nations d’Aix la Chapelle ; en 2007, neuvième en individuel aux Championnats d’Europe de Mannheim en Allemagne ; en 2008 premier de la Coupe des Nations à Prague, deuxième de la Coupe des Nations à Lummen en Belgique. Au total,  pendant ces années nous avons totalisé ensemble environ 120 classements dans les Grand Prix Nationaux et Internationaux. Oui, exactement, j’avais alors la tête dans les étoiles. (photo: FA avec First)

Florian et First

Et puis, le choc, c’était affreux. Je ne sais pas qui a décidé, je l’ai appris d’ailleurs par les journaux,  que le cheval allait m’être retiré pour aller chez un jeune cavalier. En effet, il est parti, il a même disparu complètement. Il est revenu finalement aux haras de Saint Lô mais sa carrière de reproducteur n’est pas extraordinaire, puisque personne ne le demande. Je sais que les Haras Nationaux veulent vendre leurs étalons et j’aimerais bien acheter FIRST,  mais c’est bizarre, une fois on annonce la vente, une fois on l’annule, je ne comprends pas très bien.

Au moment de départ de FIRST, toute ma vie de sportif de haut niveau s’est écroulée, car j’ai perdu également mes autres bons chevaux. ILVIEN DES MIELLES a été vendu, JAFFNA DE SEMILLY a été confiée à la sœur d’Eric Navet et JAVELOT D’HELBY est parti pour les Etats Unis. Je suis resté avec MADE IN SEMILLY. Un bon cheval qui a aujourd’hui 14 ans et qui a totalisé 250 000 de gains. (Photo: retour aux écuries)

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Que pouvais-je faire dans une telle situation? Garder le bon sens et être lucide. A quoi bon se lamenter ou déprimer, il faut s’adapter, c’est tout. J’ai pris des jeunes chevaux à former et j’ai développé le coaching, j’ai commencé à organiser les stages, je me suis tourné vers le commerce.   Ma méthode ? Observer les gens et les chevaux. Comme je fréquente beaucoup les concours, je garde toujours un œil ouvert sur les chevaux qui pourraient convenir aux clients qui se tournent vers moi. Je sers d’intermédiaire et j’ai assez d’expérience pour pouvoir former des couples qui s’entendent. J’assure aussi les réglages comme un bon service après-vente. Quand il y a un problème, je monte le cheval et j’encadre le cavalier. Car il faut bien se le dire, le niveau actuel d’enseignement est très bas et les cavaliers amateurs sont livrés à eux-mêmes ou alors aux enseignants incompétents. Je suis allé dans une école qui forme des moniteurs à Nantes et j’ai été atterré par leur niveau – ils étaient incapables de sauter correctement un parcours à 1 mètre. Comment peuvent-ils former les autres s’ils ne savent pas monter eux-mêmes ? Et après, évidemment, quand ça ne marche pas, c’est la faute au cheval. Je n’entends que ça… Le cheval reflète ce qu’on lui a appris, c’est la base de l’équitation. Je constate qu’aujourd’hui les chevaux, souvent, n’ont même pas la base de dressage. Je fais donc venir, une fois par semaine, quelqu’un qui transmets aux chevaux la base du travail sur le plat et ça me change la vie au moment d’aborder le saut. (Photo: manège « maison »)

© Photographie Eric KNOLL

Mais attention, je suis avant tout cavalier, je forme des jeunes chevaux et je les emmène jusqu’au niveau Grand Prix. Sur 25 boxes de mon écurie, 20 sont occupés par les chevaux que je monte. Pour les tarifs c’est 750 HT pour le cheval au travail et 650 HT pour le cheval monté par le propriétaire. Les stagiaires qui sont accueillis individuellement, logés et nourris avec leurs chevaux, paient 200 euros par jour tout compris. Je dis souvent que je suis en même temps pilote de la Formule 1, moniteur d’auto-école, réparateur des voitures et aussi vendeur des voitures d’occasion.  

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Pour mon activité « Formule 1 », j’ai actuellement ma jument NOUBA DES HAYETES,lsur la photo), fille de Banboula du Thot par Papillon Rouge, qui est passée des concours à 1,20m aux concours  à 1,60m en un an et cela à l’âge de 12-13 ans. Assez exceptionnel, n’est-ce pas ? C’était la jument d’un cavalier amateur, qui s’est rendu compte que la qualité de la jument dépasse ses capacités du cavalier. Nous avons eu un accident avec NOUBA en septembre dernier à Fontainebleau, elle est tombée en voulant sauter alors que la distance ne le permettait pas et elle s’est ouvert le poitrail avec les crampons. La guérison a duré plusieurs mois et pour sa première sortie de ce printemps, à Auvers, elle a gagné un Grand Prix ! Elle est extrêmement généreuse, franche et avec un mental d’enfer. J’ai aussi un jeune cheval, SOPRANO DE GRANDRY, fils de Jarnac, qui vient de l’élevage maison et qui pourrait, si tout va très bien, aller aux JO de Rio. Et là, juste il y a quelques jours, je viens de récupérer un très bon cheval, TIP TOP DES TESS,  du même élevage que la Noblesse des Tess, fils de Mylord Carthago, qui appartient à l’éleveur Vincent Brohier qui le montait lui-même et qui a refusé toutes les offres d’achat de son cheval à 6 ans. Mais aujourd’hui, à 7 ans, il ne peut plus accompagner l’évolution du cheval et il me l’a confié. TIP TOP possède de très gros moyens, semble facile et je suis impatient de le voir évoluer en concours. Il faut avancer et être lucide – je ne crois pas au sponsor qui va venir me donner un crack cheval clé en main. Je dois préparer mes chevaux pour atteindre le top niveau moi-même. J’ai parlé avec Philippe Guerdat, sélectionneur national de mes chevaux et de mon programme. Je veux commencer par le concours 2 étoiles à la Boissière Ecole, ensuite les 4 étoiles de Bourg en Bresse, de Franconville et de Fontainebleau. Après ça, on fera le point avec Philippe. (Photo: en concours avec Nouba)

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Ainsi, la vie continue et Florian avance « en avant, calme, droit » de nouveau sur la route vers les étoiles. Pour le contacter – http://www.florian-angot.fr/