Un lion devient vite un con…

Philippe et Steve Guerdat

Philippe Guérdat, sélectionneur national pour le CSO, responsable de l’équipe qui va se présenter aux JEM en Normandie, dit ses quatre vérités à la journaliste du journal Ouest-France.

Comment s’esquisse le visage de l’équipe de France pour les JEM, cet été ?

J’aurai une sélection difficile à faire je pense. Tant mieux, même si ce sera plus dur pour moi, et qu’à la base je suis déjà un type qui ne dort pas bien. L’an passé, s’il était arrivé quelque chose à un cheval avant l’Euro, je n’en avais d’autre prêt. Nous viserons une médaille, oui, ce serait un bon bilan. La France a gagné en 2002, mais avec un total de points supérieur à celui du 5e ou 6e. Tout s’était bien goupillé. Je veux surtout une équipe fantastique, que tout le monde soit fier des cinq qui monteront.

Vous serez très attaché à cette notion d’équipe ?

Oui. Il suffit d’un grain de sable pour que tout soit détérioré. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, une rumeur devient une info. Là, il y aura encore plus de médias. Or moi je lis tout, j’y suis sensible. Je suis comme ça, je ne me referai pas. Le remplaçant, qui d’ailleurs dans la moitié des dernières grandes échéances a sauté au final, sera pour moi très important. Ce ne sera pas forcément le 5e meilleur dans la hiérarchie, mais quelqu’un qui sera avec l’équipe, quoi qu’il se passe. En foot, on voit que Deschamps a un problème avec Nasri. Il mérite d’être dans les 23, mais il ne va pas le prendre. Il ne peut pas. J’ai été 5e comme cavalier, je sais ce que c’est, d’autant que j’avais été écarté pour une histoire de sponsor. Aux JO de Los Angeles, j’ai dormi dans la même chambre que mon meilleur ami, qui était le 5e. Mais il y a 100 000 cavaliers qui voudraient être 5e à des Jeux mondiaux !

Qui seront vos piliers ?

Orient Express sera protégé. Nous avons de très bons chevaux, lui, c’est le cheval d’exception. Il n’a pas grand-chose à me prouver, comme son cavalier. Je ne devrais pas le dire comme ça mais… Qu’il se soit un peu blessé avant la saison indoor m’a un peu aidé. Il a pu se reposer, il revient, on essayera de l’avoir en pleine forme en août. Mais il était possible de faire Lyon et de postuler aux Jeux, en coupant six semaines derrière, en revenant doucement. La seule chose que j’ai dite, c’est qu’un cheval qui faisait Lyon puis les Jeux ne pouvait pas être utilisé comme un autre cheval. Il faut six semaines d’arrêt, une remise en route tranquille. Les Allemands ont pris cette option. Ceux qui finissent à 3 dans les 4 premiers à Lyon seront aux JEM. Je ne pense pas qu’on puisse cela de nous, en tout cas je n’espère pas, car sinon on ne sera pas bien. Après, j’aimerais avoir Kevin Staut. C’est le cavalier rêvé pour un coach. Un leader, froid, vraiment derrière l’équipe. Il faut qu’il ait un cheval. Si je pense que ça ne va pas avec Rêveur, on essaiera peut-être autre chose.

Myrtille Paulois figure-t-elle aussi dans les chevaux protégés ?

Non, elle n’a pas de bonus par rapport à son titre européen. Elle a aussi gagné car elle avait un grand cavalier sur son dos. Mais c’est une paire de valeur.

Comment se dessinera la sélection pour Caen ?

Je sais qu’on me tombera dessus dès qu’un couple fera un truc bien. En France, on a vite tendance à être euphorique. Quand un cheval va bien on en fait un nouveau Jappeloup, mais ce n’est pas pour ça que ça marche. Un lion devient vite un con. Pour les quatre, je prendrai les meilleurs, bien sûr, même s’il y a des types que je préfère à d’autres. Je ne prendrai pas non plus un Normand sous prétexte qu’il est Normand. Si un cheval arrive de Biarritz et qu’il est bon… Mais je sais qu’on attaquera mes décisions.

Quand désignerez-vous l’équipe ?

On a une feuille de route. Il y a Lummen, Madrid, La Baule, où j’aimerais bien gagner, Rome… Un petit break, et puis Rotterdam (NDLR : 18-22 juin). Là, il faudra se poser, avoir un plan avec cinq ou six cavaliers. Je n’annoncerai pas officiellement ma sélection, mais bon… Ils sauront le plus tôt possible. Mais je sais aussi que tous les couples que nous avons aujourd’hui ne seront pas en état en août ! Pendant les Jeux mondiaux, nous ferons attention. Entre la cérémonie d’ouverture et le début de nos compétitions, nous passerons une semaine ensemble, mais pas en Normandie. Je vais délocaliser, pour éviter le trop plein de pression.

Propos recueillis par Dominique Faurie pour Ouest-France (02.05.2014)